J'AI TESTE

Le tatouage…

Je vais introduire cet article par cette conversation absolument charmante que j’ai eu avec mon guichetier préféré de La Poste :

  • « eh vous avez beaucoup de tatouages dis donc ! »
  • « Oui, en effet… »
  • « c’est fou, y’en a de plus en plus des gens tatoués… On voit que ça… J’espère qu’ils ont une signification au moins ? Non parce que les jeunes là, qui se font tatouer n’importe quoi… À mon époque, c’était les taulards qui se tatouaient… »
  • « Signification ou pas, dans tous les cas, c’est mon corps, non ? »

C’est un exemple parmi tant d’autres. Certes, les gens sont de plus en plus tatoués aujourd’hui, mais il reste encore pas mal de chemin pour que les gens arrêtent d’associer le tatouage à quelque chose de négatif et malveillant. J’en viens presque à devoir me justifier auprès du gars de La Poste, du pourquoi du comment j’ai des tatouages. A-BE-RRANT.

Depuis que j’ai commencé le tatouage à l’âge de 18 ans, j’ai cumulé les remarques et les préjugés. Les 3/4 du temps, je m’en fiche. Mais parfois, ça blesse. Parce que le fait d’avoir des tatouages donnent le droit aux autres de vous juger négativement. « Vulgaire », j’ai eu droit à tout un tas de mots violents et si faux. Vous passez pour une espèce de « cassos », alors que sans aucun doute, vous avez beaucoup plus la tête sur les épaules que la plupart des gens, le sens des responsabilités et vous assurez certainement mieux que toutes ces personnes malveillantes.

Quand je me balade dans la rue avec mes enfants, je croise plusieurs réactions :

  • Ceux qui vous calculent pas
  • Ceux qui vous regardent en mode « hey stylée la daronne ! Stylés les gamins !’
  • Ceux qui se disent : « eh ben dis donc, quel look ! En plus, maman ! Ça promet pour les enfants… »

Depuis quand le tatouage fait des gens de mauvaises personnes ou de mauvais parents ? Imaginez les tatoués en train de regarder les passants vierges de tout tatouage, dire « mais quoi ??? Pas de tatouage ? Mais quel mauvais goût ! Je suis outré ! C’est scandaleux, je me casse tiens… ». Lorsque je travaillais en tant que saisonnière, je cachais très souvent mes tatouages, restant en manches longues. L’été, c’est un peu contraignant… À une époque, je cumulais études à la fac + deux jobs de serveuse : j’avais l’impression d’être schizophrène. À la fac, je m’habillais normalement, laissant apparaitre mes tatouages, mais sans trop pousser non plus, car nous étions une petite section et je ne voulais pas trop me faire remarquer. Le midi, au restaurant bio, je cachais tout. Le soir, je travaillais dans un restaurant vintage (esprit Elvis Presley, Grease….) où tout le monde était tatoué et sur-tatoué. Je passais ma vie à me changer !

Un jour, je postule comme vendeuse dans un magasin, pour une saison d’été. Le directeur, mignon comme tout d’ailleurs, portait une chemise bleue aux manches longues, moulante et serrée jusqu’au cou. Il me regarde longuement et me dit « vous avez d’autres tatouages que ceux que je vois déjà ? ». À cet instant, je me suis dit que c’était foutu pour le job. Donc je lui réponds par l’affirmative, en signalant que j’ai une grosse pièce sur le bras, avec (ne le cachons pas hein) une tête de mort. Et là, je ne comprends pas : le directeur déboutonne ses manches et quelques boutons pour entrevoir son torse (oh, un strip tease ? Sympa le rdv d’embauche !). Il était tatoué de partout, pas un bout de peau couleur chair. Mais cela ne se voyait pas du tout avec la chemise. Tout était millimétré pour que rien ne soit apparent. Et il ajoute : « ce n’est pas moi qui vous jugerai sur ça ».

J’ai eu de nombreuses conversations, notamment avec des gens de ma génération, qui me disent qu’ils feront beaucoup plus confiance à un avocat-medecin-ou autres qui n’a pas de tatouage, plutôt qu’à celui qui en a. Je suis désolée mais je n’arrive pas à comprendre. Et je ne comprendrai jamais. On aura beau me donner tous les arguments possibles et inimaginables, je ne peux pas admettre ce genre de concept : donner sa confiance à un physique. Merde ! Les jugements ne tiennent vraiment pas à grand chose… C’est triste, vraiment.

J’ai également caché mes tatouages à ma famille. Issue d’une famille catho dont l’éducation était tout de même assez stricte, ça n’était pas le bienvenu, déjà qu’au niveau des fringues, ça ne passait pas… J’ai longtemps caché. J’ai fait pleurer ma mère avec chaque nouveau tatouage (enfin, au bout du 3ème, il me semble qu’elle a baissé les bras !). Je me faisais juger sans cesse « faut arrêter là avec les tatouages ! ». Et maintenant, je vais avoir 33 ans, et je n’en ai PLUS RIEN À FAIRE de ce que les gens pensent ! Je suis qui je suis, avec ou sans tatouage. Ça ne fait pas de moi une mauvaise personne ou une mauvaise maman. Ce n’est que de l’apparence. Mais les tatouages me permettent d’être moi, et si demain on devait tous me les enlever, je me sentirai À POIL. Oui, toute nue. Car ils m’habillent d’histoire même lorsque je n’ai aucun vêtement.

Concernant mes tatouages, vous m’avez très souvent demandé quelles sont leurs significations. Cela fait un bon bout de temps que mes abonnés me le demandent, mais j’ai longuement hésité. Mes tatouages ont quasi tous une signification, mais il y également un sens purement esthétique : un dessin que j’ai voulu avoir car je le trouvais joli. Arrêtez de vous mettre la pression avec le sens des choses. Parfois, il peut ne pas y avoir de sens dans le tatouage, et c’est très bien. Parce que l’esthétique, le beau, l’art, le dessin, c’est important pour chacun, et l’on a droit d’aimer quelque chose sans devoir faire une dissertation philosophique sur le sujet pendant 4 heures. J’ai aucun mal à dire que certains sont sans signification, mais présents parce que je les aime bien. Et puis, chacun le sait : en général, on se tatoue pour soi, non pas pour les autres…

J’ai attendu avec impatience mes 18 ans pour pouvoir faire mon premier tatouage. J’ai toujours été attirée par le tatouage dès mon plus jeune âge. Je trouvais ça génial de pouvoir avoir des dessins sur soi. Attirée depuis petite par la création et l’art, je me suis dit que c’était une idée de génie de pouvoir être dessiné. Cela nous rend unique, car ne tournons pas autour du pot pendant 3 plombes : un corps est un corps. Qu’il soit grand ou petit, mince ou gros, blanc ou noir, on est à peu près tout conçu pareil hein. Il n’y aura véritablement jamais de surprise lorsque l’on croise un corps nu. Le tatouage le rend unique. C’est comme si nous étions tous des toiles blanches, mais certains décidaient de ne plus l’être. Je suis quelqu’un qui dans la vie garde tout pour soi. Et parfois, il faut que ça sorte : ça peut blesser, ou je peux pleurer, j’ai besoin de l’écrire ou de le chanter, tout un tas de supports ou de manières différentes, mais cela sort. Et à 18 ans, je me suis dit que mon corps allait être un nouveau support pour exprimer des choses, que j’allais devenir unique, moi même, et le plus important à mes yeux : que mon corps allait être comme un livre, un journal intime, une auto-biographie où je retrouverai les traces de ma vie passée. À 85 ans, quand je perdrai la tête, ça peut toujours me servir !

 

  • J’ai donc commencé mon premier tatouage peu après mon 18ème anniversaire. J’avais un stress dingue. J’étais accompagnée d’une amie qui était déjà sur-tatouée. Mais je stressais quand même. Le premier est dans le creux de mon poignet droit : les ouïes d’un violon. Il symbolise la musique dans ma famille. Du côté paternel, mon père était totalement fasciné par la musique et jouait du piano. Il m’a amené cette passion dès le plus jeune âge. Du côté maternel, mon grand-père jouait du violon, mon oncle (que je n’ai jamais connu puisque décédé à l’âge de 10 ans) jouait également du violon. Et mon arrière-grand-mère de la mandoline. Ce tatouage a donc symbolisé un héritage familial.
  • Le deuxième, je l’ai fait sur ma nuque : une pluie de notes de musique. À peu près les mêmes raisons que le premier : mon amour pour la musique. C’est quelque chose qui est ancré et dont je ne peux pas me passer.
  • Le troisième, 3 étoiles derrière l’oreille droite. Pas vraiment de signification. J’adore regarder les étoiles le soir, depuis gamine, et j’en voulais sur mon corps.
  • Le quatrième, ce fut ma première grosse pièce. On a longtemps travaillé sur le dessin (pièce unique) avec quelqu’un qui est d’ailleurs tatoueur aujourd’hui. C’est celui que j’ai sur mon épaule et bras gauche. L’illustration est constituée de plusieurs éléments : une muse, un crâne mexicain, des hirondelles, des tulipes. Cela exprime plusieurs choses : la muse et le crâne sont à l’opposé, ils symbolisent la mort, la vie, mais aussi la laideur et la beauté. Ils vont ensemble, ils se confrontent, mais ils ne sont jamais bien loin. La muse, parce que j’ai toujours été fascinée par l’histoire de Kiki de Montparnasse. La mort, parce qu’elle me fait peur, mais qu’elle est inévitable. Elle est représentée par un crâne mexicain, car leur culture est beaucoup moins « glauque » que la notre, judéo-chrétienne. Ils ont un rapport à la mort plus positif, plus coloré. Ça m’aide à certainement flipper moins… L’hirondelle, car elle représente la liberté, une notion très TRÈS chère à mes yeux. La tulipe, parce qu’elle est ma fleur préférée.
  • Le cinquième, un chat noir sur l’annulaire gauche. Il symbolise deux choses : d’abord une personne que j’ai rencontré il y a 11 ans, et que je n’oublierai jamais, que j’appelais « le chat noir ». Puis, le fait que je sois un chat J’ai la poisse ! ^^
  • Le sixième : un diamant sur la main droite. Le diamant est symbole de lumière, de soleil et de vie. Il est éternel. Encore un rapport à la vie/mort. Que si demain je ne fais plus partie de ce monde, j’aurai laissé quelque chose d’éternel finalement…
  • Le septième : Une phrase en anglais écrite sur le bras droit. Elle dit que je ne suis parfaite, mais que lorsque je vois mes enfants, je sais que j’ai quelque chose de parfait dans ma vie. L’un de mes tatouages préférés.
  • Le huitième : Une autre grosse pièce sur le bras gauche, au niveau de l’avant bras. Purement esthétique. Aucune signification, sauf l’importance de la rose rouge, qui rappelle les tulipes rouges plus haut, et dont le symbole est l’amour intense et passionnel. Je ne conçois pas l’amour sans passion. Ça n’est d’ailleurs pas que bénéfique, parfois même totalement destructeur, mais si je n’aime pas passionnément, c’est que je n’aime pas tout court.
  • Le neuvième : une ancre marine sur l’index gauche. C’est mon ex-conjoint qui me l’a faite, puisque je lui avais offert une machine à tatouer. Il me l’a très bien faite. J’ai toujours été attirée par la mer, les pirates, … C’est un univers que j’aime énormément car il me fascine en même temps qu’il me fait peur. J’y vois aussi dans ce symbole la liberté, de pouvoir naviguer où l’on veut et partir sur un coup de tête, mais aussi la raison, la reflexion, la sagesse et les responsabilités, puisque l’ancre permet de s’arrêter.
  • Le dixième : un coeur en haut de la cuisse droite. Je voulais un coeur dessiné comme un croquis. Cela reste un coeur avec toute sa symbolique, mais il est comme raturé. Comme s’il avait un peu souffert.
  • Le onzième : un nuage pluvieux sur la cuisse droite. Symbolise également deux choses contradictoires : « après la pluie, vient le beau temps », et le fait qu’il y ai quand même la pluie… Elle reviendra toujours, c’est ainsi.
  • Le douzième : les dates de naissance de mes enfants sur ma cuisse droite. Important, primordial à mes yeux de les avoir ancrés.
  • Le treizième : une croix sur ma cuisse droite. Parce que j’ai toujours aimé ce symbole. Il est facile à faire, et il est joli. Tout simplement.
  • Le quatorzième sur ma cuisse droite : une couronne. Purement esthétique. Je l’aime car il me fait penser à un dessin d’enfant. J’y vois le côté insouciant d’une petite fille qui se prend pour une princesse, et le dessine.
  • Le quinzième sur ma cuisse droite (oui, encore) : « Amor vincit omnia« , autrement dit « l’amour vaincra toujours ». Malheureusement, pas toujours non…
  • Le seizième sur ma cuisse droite : la lettre M. Je ne regrette rien. J’ai des tatouages concernant deux personnes qui on été importantes dans ma vie. Je ne veux pas les effacer. Elles sont là, et je ne les oublierai de toute façon jamais. C’est comme ça.
  • Le dix-septième sur ma cuisse droite (dis donc, ça n’en finit jamais !) : une date. Celle d’une rencontre à un concert, d’une tape sur l’épaule.
  • Le dix-huitième : encore sur ma cuisse droite. Une fleur rouge. Un entrainement à la machine à tatouer. Et vu que j’aime les fleurs rouges…
  • Le dix-neuvième sur mon tibia droit : l’oeil omniscient. Il symbolise généralement la Religion ou les Francs-Maçons. Rien de tout cela pour moi, mais j’aime l’idée de « je suis partout, je vois tout » qu’on lui attribue. Il incarne en moi le symbole d’une pleine conscience : « je suis consciente de tout puisque je vois tout ». Voilà son explication ici.
  • Le vingtième : un poisson, cheville droite. Un tatouage qu’à également mon ex-conjoint. Quand je lui ai demandé de me le faire, il symbolisait nos moments à la mer, et le fait que l’on aimait énormément cela tous les deux. Et parce qu’apparemment, on dit « être heureux comme un poisson dans l’eau ». Parait il…
  • Le vingt et unième : Le chiffre 5 sur le majeur gauche. Ce chiffre me suit depuis que je suis petite.
  • Le vingt deuxième : la lettre P sur l’auriculaire gauche. P, comme Pauline, tout simplement.
  • Le vingt troisième : quelque chose de graphique sur le pouce gauche. Seulement esthétique.
  • Le vingt quatrième sur le bras droit : la lettre M. Encore.
  • Le ving cinquième : MAMAN sur le poignet droit. Un de mes préférés aussi. C’est le premier « maman » écrit par mon fils. Je l’ai pris en photo, l’ai envoyé à ma tatoueuse, et elle me l’a reproduit à l’identique. Je ne pourrai donc jamais oublier son premier « maman » écrit, et c’est quelque chose qui me touche beaucoup. J’attends avec impatience le premier « maman » de ma fille, que je ferai tatouer juste en dessous de celui ci.
  • Le vingt sixième : CRAZY, sur la main droite. Un tatouage fait avec mon amie Bubuche. Nous voulions le même tatouage pour symboliser notre premier road trip ensemble, et surtout une très belle amitié, à laquelle je tiens énormément. Et parce qu’on est toutes les deux totalement CRAZY, mais qu’on se ressemble beaucoup.

Voilà, 26 tatouages en tout. Et je n’ai pas fini, bien sûr ! Je compte finir mon bras droit entièrement, et constitué ma jambe droite de tout un tas de tatouages « flashs » (une multitude de petits dessins rapprochés, comme un carnet de brouillons). J’aimerai également continuer d’écrire des mots, des phrases sur mon bras droit. Et faire le devant des deux chevilles. Et puis le cou, pour lequel je me tâte depuis pas mal de temps.

Le problème avec le tatouage, c’est que lorsque tu commences, tu ne t’arrêtes plus jamais !

 

2 Comments

  • Jennifer

    Waouh! Et bien tout est dit!
    Je n’en ai que deux actuellement, un dans le bas du ventre et une manchette au poignet. Le troisième devrait arriver à l’intérieur du biceps. Je suis complètement d’accord avec ce que tu dis. Une personne tatouée n’est pas une personne malveillante ou autre! Mais je pense aussi que les mentalités commencent à changer là dessus. On en est presque à chercher qui n’est pas tatoué auj 😂
    En revanche moi je suis qqun de très réfléchi. Il m’a fallu attendre 25 ans pour mon premier tatouage et pour ma manchette je suis restée 4 ans en réflexion 😂avant de me jeter à l’eau ! En revanche mais quelle belle idée ce « maman », tu me donnes envies d aller chercher ces premiers mots ou dessin pour me le tatouer à vie !
    En tout cas je te decouvre à peine depuis une semaine et déjà je te kiffe 😂
    Le look c’était déjà OK et maintenant cette philosophie de la vie « rizn à foutre je fais ce que je veux » j’adore j adhère !
    Enchantée Pauline moi c’est Jennifer de Lille et très contente de cette découverte ! À bientôt !

  • Marion

    Merci pour cet article 😊 c’est vrai quand on commence on ne s’arrête plus. On est juste freiné par rapport au prix lol
    Je suis daccord avec toi les gens sont encore fermés lorsqu’ils voient nos tatouages « mais quand tu seras vieille ? Et pourquoi l’avoir fait si ya pas de signification ? C’est moche j aime pas »
    Ben en fait je t’ai pas demandé ton avis 🤭
    Les tatouages sont des faits marquants ou importants de notre vie et cest une manière de les montrer même si cest pour nous avant tout

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